Mon ado s'automutile: est-ce que ça cache un trouble de santé mentale?
Découvrir que son ado s'automutile peut être bouleversant. Il est normal que cela soulève beaucoup de questions, et même des inquiétudes. Beaucoup de parents pensent immédiatement à la dépression ou à un autre trouble de santé mentale. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Cet article vous aidera à mieux comprendre l'automutilation et les raisons qui peuvent amener un jeune à y avoir recours.
À retenir
👉 L'automutilation est un comportement, pas un diagnostic: elle peut être liée à un trouble de santé mentale, mais ce n'est pas toujours le cas.
👉 Cherchez à comprendre avant de vouloir faire cesser les gestes: un accompagnement bienveillant et une évaluation professionnelle sont les meilleures façons d'aider votre ado.
L'automutilation n'est pas un diagnostic
La première chose à savoir, c'est que l'automutilation n'est pas un trouble de santé mentale en soi. C'est un comportement qui traduit une souffrance ou une difficulté à faire face à des émotions particulièrement intenses. On pourrait dire qu’il s’agit en quelque sorte d’un mécanisme d’adaptation servant à gestion d’une émotion difficile à tolérer.
Chez certain.e.s ados, ce comportement est effectivement associé à un trouble comme l'anxiété, la dépression, un trouble alimentaire, un état de stress post-traumatique ou, plus rarement, d'autres troubles de santé mentale. Il peut surgir avant ou après que le diagnostic soit établi ou en traitement. Chez d'autres, il survient sans qu'un diagnostic soit présent.
Autrement dit, on ne peut pas conclure qu'un.e ado souffre d'un trouble mental uniquement parce qu'il/elle s'automutile: seule une évaluation par un.e professionnel.le peut permettre de mieux comprendre ce qui se passe.
Pourquoi un.e ado s'automutile?
Les raisons sont nombreuses et varient d'un.e jeune à l'autre. Cela peut être:
une façon de diminuer une tension émotionnelle devenue insupportable;
une manière de transformer une douleur psychologique en douleur physique;
un moyen de retrouver un sentiment de contrôle;
pour se punir;
pour combler un sentiment de vide;
pour exprimer une souffrance qu'iel n'arrive pas à mettre en mots.
Chez certains jeunes, le comportement peut être imitatoire. Par exemple, un.e jeune qui voit que son ami.e qui s’automutile reçoit de l’attention ou se faire traiter différemment pourrait croire que c’est une manière de combler ce besoin et adopter un comportement similaire. Dans tous les cas, il est préférable de ne pas tomber dans l’interprétation que le ou la jeune fait cela uniquement dans le but d’avoir de l’attention.
Contrairement à une idée répandue, l'automutilation n'est généralement pas une tentative de suicide. Cela dit, les ados qui s'automutilent peuvent aussi vivre des idées suicidaires, donc quoiqu’il en soit, ce comportement doit toujours être pris au sérieux et évalué par un.e professionnel.le.
Certain.e.s jeunes sont aussi plus à risque, notamment celles et ceux qui ont vécu des traumatismes, de la violence, des difficultés importantes dans leurs relations ou qui ont de la difficulté à réguler leurs émotions. Les ados issu.e.s de groupes marginalisés, notamment les jeunes s’identifiant comme LGBTQ+, sont également plus touché.e.s.
💡Selon cette étude du Laboratoire de recherche inclusif de l’Université de Sherbrooke, 73,7% des ados trans et non-binaires ont rapporté avoir eu des idées suicidaires ou des comportements d'automutilation dans les 2 semaines précédents l'enquête. Cette importante détresse est liée à la discrimination à laquelles iels font face au quotidien, parfois dans toutes les sphères de leur vie.
Comment réagir en tant que parent?
Même si votre premier réflexe est de vouloir que votre ado arrête immédiatement, il est souvent plus utile de chercher à comprendre ce qui se cache derrière le geste. Comme le comportement est très souvent en réponse à une émotion ou à un besoin important, il est souvent plus aidant de s’attarder à ce qui est sous-jacent que de tenter de simplement contrôler le comportement en soi.
Essayez d'aborder le sujet avec calme et curiosité, sans jugement ni menace, même si cela vous fait mal au cœur. Lui montrer que vous êtes disponible pour l'écouter favorisera davantage les confidences que les reproches ou les ultimatums.
Beaucoup d’ados ont très peur de la réaction de leurs parents et n’oseront pas en parler d’eux-mêmes. Pour se sentir en confiance et accepter de chercher des solutions avec vous, iels ont besoin de savoir que leurs émotions et ce qu’iels vivent seront accueillis sans être minimisés ni invalidés.
L'objectif n'est pas seulement de faire disparaître les blessures, mais d'aider votre ado à développer d'autres façons de composer avec sa détresse. Un.e médecin, un.e psychologue ou un.e autre professionnel.le de la santé pourra évaluer la situation et proposer le soutien le plus adapté.
De nombreux ados utilisent les services gratuits de Tel-jeunes pour obtenir du soutien de façon confidentielle et sans jugement lorsqu’iels traversent une période difficile ou souhaitent trouver d’autres façons de composer avec leurs émotions sans avoir recours à l’automutilation. Si votre ado ne connaît pas déjà ces services, vous pourriez prendre quelques minutes pour les découvrir avec lui afin qu’iel sache où se tourner s’iel en ressent un jour le besoin.